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La Martinique et le Covid

Récit d'une mission d'aide médicale contre l'épidémie de COVID

L'épidémie en Martinique

Le lendemain de notre arrivée, le vendredi 10 septembre nous fumes accueillis par les médecins titulaires du service de réanimation qui rapidement présentèrent le service, l'immense service restructuré COVID divisé en trois secteurs. Les renforts sanitaires aidants, je me retrouve responsable de 20 lits aidés d'un autre collègue  senior de l’hôpital et trois internes. Cela paraît confortable et tant mieux mais sur cette équipe de cinq quatre sont de la réserve sanitaire.

Je passe les peu de temps consacrés à connaître l’emplacement des dossiers médicaux des identifiants et mots de passe des logiciels de laboratoire, de radios, des sessions windows, des numéros de téléphone et localisations des annuaires des divers correspondants au sein des autres unités médicales et j'en passe.

Il est huit heure trente.

Nous nous rassemblons pour la réunion quotidienne du matin où les médecins sortant de la garde de 24 heures passent le relais en présentant le suivi des patients hospitalisés de notre secteur.

Et là, la réalité d'une épidémie non contrôlé par la vaccination fait volte-face.

La situation en Martinique est catastrophique:

Tous les patients ont entre 24 pour la plus jeune à 74 ans pour les deux seuls plus âgés des vingts admis. Les autres ont entre 35 et 65 ans. Tous sont soignés pour de l'hypertension artérielle, sont diabétiques, en excès de poids et pour une bonne partie touchés par une insuffisance rénale.

Ces facteurs de risques sont le terrain sur lequel le virus SARS-COV2 aime à s'installer et provoquer une agression pulmonaire majeure imposant comme seul traitement un séjour de soins critiques au moins trois semaines. Les lits sont chers.

En fait les martiniquais en bonne santé semblent résister à l'infection, en tous cas elle ne nécessite sûrement pas d'être hospitalisé.

Vraiment ce qui frappe, c'est le taux de diabétique, d'hypertension artérielle et du nombre de malades devant bénéficier de séances de rein artificiel.

Que deviennent les gens âgés ? C'est simple, vu la difficulté de livraison de l'oxygène et la saturation des lits de réanimation, au delà de 70 ans, les patients sont accompagnés en médecine, et soit ils guérissent spontanément, soit ils décèdent.

Comment lutter contre la saturation des lits de réanimation ?

Un médecin hospitalier passe tous les jours en réa étudier l'ensemble des dossiers des patients et déclenche des évacuations sanitaires en métropole pour ceux qui sont stables et pouvant résister à huit heures de vol en avion de ligne. Seul moyen de faire des places.

D'autre part, vingt lits de réanimation "éphémères" sont ouverts par l'armée. Ils peuvent aussi recevoir les patients stables et ne devant pas être sous dialyse rénale

Un patient COVID en réanimation reste au moins trois semaines. Les lits sont une denrée rare malgré l'augmentation drastique de leur nombre.

C'est absolument choquant car vouloir garder la liberté de se vacciner ou non  c'est  condamner les plus fragiles. Et obliger les soignants à faire du tri.

Tous les malades qui sont en réanimation ne sont pas vaccinés !

Après de nombreuses discussions avec  les patients, des martiniquais que je croise à l’hôtel ou dans la rue, les arguments fusent sans discernement:

"Macron nous berne, il a travaillé chez Pfizer, il a intérêt à vendre des vaccins!"

"La France nous a empoisonné avec la chlordéconet, a pourri nos territoires de pêche et nos sols pour longtemps !"

"Ils recommencent avec ce vaccin !"

"La vaccination ne sert à rien, il y a des gens vaccinés qui ont le virus."

"Nous sommes mal nourris, envahis par la mal-bouffe et nous sommes obèses et diabétiques et donc fragiles pour le COVID."

"Nous mangeons trop de sucre. La nourriture de qualité coûte trop cher pour nous. Les industriels locaux mettent trop de sucre dans les aliments"

"Les gestes barrières suffisent. Et j'ai eu le COVID..."

Comment expliquer cette situation complexe. Je n'ose pas m'y aventurer fautes de connaissances suffisantes, mais l'héritage du passé et le développement récent de la Martinique semble y contribuer.

 

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